art et culture

Treize experts pour un polar

Un roman policier, un tableau volé, un fleuriste accusé à tort. Et treize travailleuses et travailleurs d’Eben-Hézer Lausanne et de la Cité du Genévrier ont participé à la rédaction d’un polar en facile à lire.

Le mystère du tableau disparu est sorti en mai 2026, aux éditions Okama. Léo est fleuriste à Yverdon-les-Bains. Il a un odorat exceptionnel. On l’accuse d’avoir volé un tableau de grande valeur. Il mène l’enquête avec sa chienne, Lady Gaga.

Le livre fait 126 pages. Les lettres sont grandes, les phrases sont courtes. C’est un vrai polar pour adultes, écrit en « facile à lire ».

Pour avoir ce label, il ne suffit pas d’écrire simplement.

« Si le texte n’a pas été validé, relu par des lecteurs en situation de handicap, le texte ne peut pas justifier d’être écrit en facile à lire. »  Nadège Chapon

Tout commence fin 2024. Isabelle Cardis, médiatrice culturelle de l’Association Lignes, contacte Eben-Hézer pour le projet Osons ! Lisons !. La Fondation forme trois groupes : huit personnes à Lausanne : Manon Baud, Manon Spozio, Fabrice Wutrich, Bahman Hashemi, Erica Fontannaz, José Da Silva, Vezira Neziraj, Nael Schaer ; et cinq à la Cité du Genévrier : Jonathan Jacot, Manuela Lisa, Yvonne Radice, Nicolas Studer.

De mars à mai 2025, ce sont les paniers d’inspiration. Chacun choisit une carte illustrée. Puis, à tour de rôle, il raconte ce que l’image lui évoque. De ces séances sortent les personnages et l’intrigue. Et le nom de la chienne, trouvé par Naël Scherer. Les travailleurs choisissent aussi le genre du livre : ce sera un policier.

De mai à décembre 2025, place à la relecture. Deux autres médiatrices culturelles de Lignes, Martine Frey et Sandra Baud, animent les séances. On lit un chapitre à la fois, phrase par phrase. Les groupes signalent les phrases trop longues, les mots difficiles, les chapitres trop denses. Après chaque séance, les remarques partent chez l’autrice, Julie Guinand. Elle réécrit son texte à partir de ces retours.

« On ne parle plus de participation, mais vraiment d’expertise, parce que ça se basait sur leur regard, leur observation, leur justification, pour pouvoir adapter au mieux le texte à toutes les personnes qui liront ce livre. »  Toshalla Parboo

Certains ont même continué à relire en dehors des séances. Ce travail répond à un vrai besoin. Pour beaucoup de travailleuses et travailleurs d’Eben-Hézer, la lecture a été difficile à l’école. Parfois une source d’échec. Parfois même un mauvais souvenir.

« Accéder à cette lecture, même facilitée, c’est un gage d’intégration. »  Nadège Chapon

Les librairies Payot ont suivi. Elles ont organisé un vernissage pour accueillir les personnes qui ont travaillé sur le livre. Et l’aventure continue : un deuxième roman est en préparation. Cette fois, le groupe de relecteurs sera formé par une annonce à candidature, via les emplois intégrés.

Par Bernadette Oberson et Manon Mertenat, membres de la rédaction

Le livre est en vente aux librairies Payot de Lausanne et de Vevey. On peut aussi l’emprunter à la bibliothèque en facile à lire d’Eben-Hézer Lausanne. Elle se trouve au premier étage de la Maison de Chavannes. Les travailleurs de l’atelier bureau-service s’occupent des prêts, du lundi au vendredi, de 8h30 à 16h30.

De gauche à droite: Bernadette, Manon, Nadège et Toshalla.

Nadège Chapon et Toshalla Parboo interviewées par Bernadette et Manon :